Idées & Débats

Trois femmes en guerre

Les EchosPhilippe Chevilley
Elle est trois femmes. Trois femmes à cran, plongées dans l'un des drames les plus lancinants de la planète : le conflit israélo-palestinien. Elle est le « choeur » blessé, outragé et vengeur imaginé par Stefano Massini dans sa dernière pièce choc, « Je crois en un seul dieu ». Elle, c'est Rachida Brakni, incarnant tout à la fois une enseignante juive de gauche, une terroriste palestinienne et une soldate américaine venue prêter main-forte à Tsahal. En 1 h 40 min d'un monologue fragmenté, elle porte toute la complexité d'une équation historique, religieuse et humaine irrésolue.
L'auteur dramatique, féru d'actualité (« La Saga des Lehman Brothers », « Femme non rééducable » - pièce dédiée à la journaliste russe Anna Politkovskaïa), a écrit ces trois rôles pour une seule comédienne, mais, lors de la création en Italie, elles étaient trois sur scène. A la Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier - qui a déjà monté avec brio ses deux précédentes pièces - a tenu à respecter le parti pris initial et à relever le défi de l'actrice unique. Avec sa virtuosité, sa sensibilité, son humanité, Rachida Brakni s'avère idéale pour ce triple rôle. Arnaud Meunier la dirige simplement, justement, sans jamais forcer le trait. Massini lui-même évite tout pathos, toute rhétorique vaine, tout jugement moral, dans cette fable glaçante, qui se conclura (on le sait dès le commencement) « dans un an, un jour et huit heures » par un attentat sanglant.
En quelques gestes précis, expressions fulgurantes et regards intenses, la comédienne suggère les convictions pacifistes qui s'effritent de la prof d'histoire juive ; le fanatisme calme, déterminé de l'apprentie martyre palestinienne ; le cynisme désabusé de la soldate US. Rachida Brakni passe avec fluidité de l'un à l'autre rôle, dans le beau décor onirique signé Nicolas Marie - une pièce grise barbouillée de nuages et percée de portes, tel un sas vers l'au-delà.
Opéra du réel
Une symphonie troublante de notes et de sons accompagne en sourdine le monologue. Pas d'effets spectaculaires, sinon cette lumière vive qui suggère l'explosion des bombes et cette volute de fumée blanche qui tombe des cintres à la fin, comme une buée d'âmes mortes. La guerre fratricide qui anéantit le coeur des hommes et des femmes devient un cauchemardesque opéra du réel. Quand le théâtre dit avec délicatesse et tristesse la criante absence de Dieu…
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir