Entreprise & Marchés

L'héritier de l'empire Samsung dans le viseur de la justice coréenne

Les EchosYann Rousseau,Correspondant à Tokyo
Le procureur soupçonne Lee Jay-yong d'avoir sciemment corrompu des proches de la présidente sud-coréenne. Il s'agissait peut-être d'obtenir des arbitrages favorables dans des dossiers concernant le conglomérat.
Enquêtant sur un gigantesque système de pots-de-vin et de trafic d'influence monté par l'entourage de la présidente Park Geun-hye, la justice sud-coréenne devait entendre, ce jeudi matin, Lee Jay-yong, l'héritier de l'empire Samsung, le plus grand conglomérat du pays. Le cadre, qui n'est officiellement que vice-président de Samsung Electronics, le joyau du groupe familial, est formellement suspecté par la justice d'avoir sciemment corrompu des proches de la dirigeante sud-coréenne afin d'obtenir des arbitrages favorables de l'exécutif dans des dossiers légaux délicats pour son entreprise. Le procureur, qui interroge le patron de quarante-huit ans, cherche notamment à connaître les motivations ultimes des différentes dotations financières versées en 2015 à des organisations et à des programmes contrôlés par Choi Soon-sil, la confidente la plus proche de la présidente coréenne, récemment destituée par l'Assemblée nationale.
Fusion controversée de deux filiales
Samsung Electronics a notamment déboursé 22 milliards de wons, soit 17,4 millions d'euros, pour financer « l'entraînement » de la fille de Choi Soon-sil, une fan d'équitation qui se rêvait en championne de dressage. Le géant de l'électronique a aussi financé un programme sportif monté par la nièce de Choi ainsi que des fondations à but non lucratif dirigées par l'amie de la présidente, qui jouissait, dans l'ombre, d'une influence considérable sur la direction de l'exécutif.
Si Lee Jay-yong n'a jamais démenti ces dotations, d'un montant total proche de 30 milliards de wons, il assure qu'elles étaient dénuées d'arrière-pensées. Mais le procureur note qu'elles concordent avec un arbitrage rendu en 2015 par le grand fonds de pension public du pays (National Pension Service ou NPS) en faveur de la fusion très controversée de deux filiales du Samsung Group. A l'époque, Lee Jay-yong et ses deux soeurs remaniaient l'organisation capitalistique du conglomérat pour tenir compte de l'incapacité de leur père, Lee Kun-hee, inconscient depuis une crise cardiaque en mai 2014, et avaient besoin du précieux feu vert du NPS.
Pour l'instant, les marchés n'ont pas semblé traumatisés par le développement de l'affaire et le statut de « suspect » de Jay Y. Lee. Pointant les multiples affaires de corruption impliquant les grands conglomérats de la péninsule, les investisseurs se rappellent aussi que Samsung avait traversé sans dommage les scandales d'évasion fiscale qui avaient touché son père à la fin des années 2000 et l'avaient même contraint à démissionner. Une inculpation et une éventuelle condamnation à une peine de prison ferme seraient toutefois plus complexes à gérer pour Samsung Electronics que Jay Y. Lee a entrepris de repositionner sur de nouveaux métiers.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir