Idées & Débats

La grippe, un scandale médical

Les Echosjeudi 12 janvier 2017
« La rigueur, voilà le coupable ! » : c'est un diagnostic aussi éculé qu'erroné que posent depuis hier les syndicats et une partie de la gauche sur les difficultés que rencontre notre système de santé, confronté à une méchante épidémie de grippe. Si les services d'urgences sont débordés par l'afflux de malades, si les hôpitaux ont parfois du mal à leur trouver des lits, ce serait la faute aux coupes budgétaires. Avec moins de lits et moins de personnels, notre hôpital public ne serait plus capable de faire face. Ce diagnostic est faux. Le vrai mal se situe avant la porte de l'hôpital. La plupart des malades de la grippe qui arrivent en ce moment aux urgences n'ont rien à y faire. Soit que leur état - sans complication - ne nécessite pas qu'ils se présentent à l'hôpital, mais qu'ils aillent consulter un médecin - car, comme le dit un dicton carabin, une bonne grippe se soigne en une semaine et une mauvaise grippe en sept jours. Soit qu'ils auraient dû se faire vacciner. Même si elle ne garantit jamais une immunité face à ce virus mutant, la vaccination reste la meilleure des protections. C'est une banalité de l'écrire. Mais il faut croire que ce n'est pas une banalité de le faire. Il serait trop facile d'incriminer les autorités sanitaires : depuis l'automne, elles n'ont cessé de prévenir une opinion au mieux négligente, au pire défiante envers les vaccins en général. Le défaut de couverture vaccinale est LE responsable de ce qui pourrait être un drame sanitaire et il est inutile de désigner des boucs émissaires. C'est d'abord à chacun de nous qu'il appartient de se vacciner, de vacciner nos enfants - et nos parents lorsqu'ils n'ont plus cette capacité de le faire par eux-mêmes. Nous, Français, avons à notre disposition des vaccins bon marché et fiables. C'est une faute de ne pas en profiter. Mais les médecins, eux aussi, ont une lourde responsabilité dans cette épidémie de grippe. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a raison de leur reprocher de ne pas assez se vacciner et de contribuer ainsi à propager le virus. Surtout, pour protéger une rente, les médecins ont refusé, voilà deux ans, que soit votée une disposition autorisant les pharmaciens à vacciner contre la grippe. C'est un scandale. Ce geste simple et indolore, consistant à ficher une micro-aiguille stérile dans le deltoïde, doit pouvoir être effectué par n'importe quel professionnel de santé. L'hiver, les pharmacies doivent devenir autant de points de vaccination. Car devoir prendre rendez-vous chez le médecin, c'est à coup sûr procrastiner. De la même manière, tout professionnel de santé doit être habilité à vacciner dans les maisons de retraite où, comme dans tout autre collectivité, la vaccination contre la grippe devrait être rendue obligatoire. Nous ne pouvons plus rester sages et passifs face à la grippe, laisser les malades être les otages de corporatismes ou de mauvaises habitudes. Parfois, la santé publique exige de ne pas prendre de gants pour sauver des vies.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir