Idées & Débats

Folie douce à l'« Hôtel Feydeau »

Les EchosPh. C.
Georges Lavaudant n'est pas le premier à proposer une « compilation » de courtes pièces de Feydeau. On a vu par le passé Alain Françon et Didier Bezace s'y essayer, pour un résultat plus ou moins probant. A l'Odéon, le metteur en scène féru de classiques en tout genre corse l'affaire en créant un véritable patchwork où cinq oeuvres du maître du vaudeville s'entremêlent. Après « Cent millions qui tombent » (utilisé comme prologue) s'enchaînent « On purge Bébé », « Mais n'te promène donc pas toute nue », « Feu la mère de Madame » et « Léonie est en avance », coupés en deux, élagués et réassemblés pour former une seule fable organique.
Pantalonnade carnavalesque
Guerre homme-femme, cocufiages, maternité, scatologie (plus un brin de lutte des classes en ouverture)… le tout mâtiné d'absurde : les thèmes et gags chers à Feydeau jaillissent et s'entrechoquent sur scène, en une heure trente chrono, comme s'ils venaient de naître de l'esprit du dramaturge en surchauffe.
Le décor, unique, a des allures de paradis blanc : un hall d'hôtel, seulement peuplé de chaises colorées, avec deux portes qui claquent et deux cheminées côté cour et jardin. De courts intermèdes chorégraphiés, façon revue, lient les scènes, jusqu'au bouquet final, où l'action et les personnages se confondent en une pantalonnade carnavalesque.
Lavaudant s'appuie sur une équipe virtuose de jeunes et moins jeunes comédiens pour habiter cet « Hôtel ». André Marcon fait des miracles en Roi-Soleil et en malade des intestins. Manuel Le Lièvre est un bébé explosif. Astrid Bas se promène toute nue avec entrain. Gilles Arbona joue les maris survoltés. Lou Chauvain est une vraie-fausse future maman de poids. Benoît Hamon et Tatiana Spivakova campent avec insolence les domestiques à bout de nerfs… Ni trop rapide ni trop lent, le tempo s'avère parfait, toutes les pièces du puzzle s'assemblent à ravir, on rit souvent et on ne s'ennuie pas un seul instant.
Manquent néanmoins à ce spectacle divertissant un supplément d'ivresse, une pointe de noirceur et de perversité. Dans cet écrin immaculé, éclairé pleins feux, tout paraît trop simple, trop évident. Les monstres de Feydeau, vus par Georges Lavaudant, sont si fondamentalement aimables et élégants qu'ils peinent à nous provoquer, à nous secouer vraiment. On salue la performance, l'exercice de style brillant. Mais on sort avec un léger sentiment de frustration. La folie de cet « Hôtel Feydeau » nous a paru trop douce.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir