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La Française Mathilde Collin, coqueluche des Américains

Les EchosAnaïs Moutot,Correspondante à San Francisco
Son entreprise, Front, gère les messages aux entreprises. Elle fait partie des 30 jeunes entrepreneurs à suivre désignés par le magazine « Forbes ».
Support@company.com, info@company.com, sales@company.com… Ces adresses e-mail génériques, indiquées par les entreprises en bas de leur site Internet, ont l'air inoffensives, mais elles représentent un cauchemar de gestion : « Plusieurs salariés se connectent à la même boîte e-mail, il est difficile de savoir qui a répondu à quoi, certains e-mails restent sans réponse, d'autres en reçoivent plusieurs d'affilée… » explique Mathilde Collin. C'est pour avoir trouvé une solution à ce problème, en créant Front en 2013, que cette jeune PDG française de vingt-sept ans se classe à la 21e place dans le classement des « 30 under 30 » du magazine « Forbes ». Sa start-up, basée à San Francisco, propose un tableau de bord centralisant tous les e-mails externes, mais aussi les messages envoyés sur Facebook, Twitter ou par SMS. « En moyenne, les équipes utilisant Front arrivent à répondre 2,3 fois plus vite aux messages entrants. Ils atteignent l'inbox zero chaque jour », revendique la société.
Devenir chef d'entreprise n'avait jamais été un rêve pour cette Palaisienne : « J'ai fait une classe prépa puis HEC car je ne savais pas trop quoi faire », avoue-t-elle. Après un stage chez Shopcade, un outil de recommandation pour les achats en ligne, elle décide de rejoindre le programme « entrepreneurs » de son école de commerce puis d'opter à la sortie pour un emploi chez Concord, une jeune pousse qui propose un logiciel de gestion de contrats. « J'ai aimé voir l'impact sur le quotidien des employés et je me suis dit que je voulais créer une start-up dans le domaine des outils de collaboration », raconte-t-elle. Après neuf mois, Mathilde Collin quitte la société pour lancer sa propre start-up avec Laurent Perrin, un diplômé de Polytechnique, qui endosse le rôle de directeur technique.
Un démarrage fulgurant
En quelques mois, 3.000 entreprises demandent l'accès à la version bêta de leur produit : une belle traction qui convainc YC Combinator de les intégrer à la promotion de l'été 2014. Le célèbre accélérateur, d'où sont sortis Airbnb, Stripe ou Twitch, devient l'un de leurs premiers clients en adoptant leur outil pour gérer l'ensemble des canaux par lesquels il est contacté. Dans la foulée, la société lève plus de 3 millions de dollars lors d'un tour de table mené par SoftTech, le fonds du Français Jeff Clavier basé à San Francisco. Elle décide alors de déménager l'équipe de Paris vers la Californie.
Deux ans plus tard, la société compte 1.600 clients. Si elle ne communique pas son chiffre d'affaires, la présentation qui a convaincu les investisseurs en mai dernier, disponible en ligne, mentionne 3 millions de dollars en 2016 et un objectif de 10 millions cette année. S'il existe bien des concurrents dans le domaine du support client, comme Zendesk, Front voit plus grand en s'attaquant aussi aux équipes commerciales et opérationnelles. « Les entreprises ont besoin d'un outil unifié », revendique Mathilde Collin. Son équipe a développé des intégrations avec une quarantaine d'autres services (Salesforce, Slack, Twilio…) et levé 10 millions de dollars supplémentaires en mai dernier auprès notamment de Social Capital, le fonds qui a investi dans la messagerie d'entreprise Slack et le service de cloud Box. Steward Butterfield, le PDG de Slack, a également pris une participation dans la société. « Nos outils sont complémentaires : il s'attaque à la communication interne au sein d'une équipe, et nous aux communications externes », juge Mathilde Collin. La société séduit de plus en plus de grandes entreprises, comme LVMH (propriétaire des « Echos ») et TF1, grâce à l'ajout de fonctionnalités supplémentaires comme des analyses de données sur « qui fait quoi au sein de l'équipe ». La société compte doubler ses effectifs cette année pour atteindre 60 personnes fin 2017.
Pour la suite, la start-up songe à une expansion internationale, avec l'ouverture d'un bureau en France pour couvrir le marché européen à l'horizon 2018, l'intégration avec plus de services, et même une éventuelle introduction en Bourse. Pas question de céder en revanche aux sirènes du rachat pour Mathilde Collin : « J'ai confiance dans l'avenir », sourit-elle.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir