Monde

Crise parlementaire sans précédent en Pologne

Les EchosCatherine Chatignoux
Les élus de l'opposition bloquent depuis près d'un mois l'hémicycle. Ils protestent contre les nouvelles atteintes du pouvoir à la liberté de la presse et le vote jugé illégal du budget.
Le Parlement polonais n'a pas été en mesure d'ouvrir, mercredi, sa session de rentrée. La crise fait rage entre le parti ultraconservateur et majoritaire de Jaroslaw Kaczyński (PiS) et l'opposition qui bloque depuis près d'un mois la chambre basse, occupant jour et nuit l'hémicycle.
En dépit des tentatives de conciliation du président du Sénat, en début de semaine, les partis d'opposition et notamment le premier d'entre eux, la Plate-forme civique (PO), libéral, refusent la main tendue et exigent que le gouvernement revienne sur une série de décisions qui ont mis le feu aux poudres.
Tout a commencé le 16 décembre lorsque le PiS a annoncé son intention de limiter l'accès de la presse au Parlement. Jaroslaw Kaczyński juge les médias trop intrusifs et affirme qu'ils perturbent la vie des élus. Il souhaitait donc limiter le nombre de journalistes habilités à rentrer dans le Parlement et en finir avec la diffusion télévisée des séances plénières, sauf pour une poignée de chaînes triées sur le volet. Cette proposition a provoqué un tollé dans les rangs des libéraux, qui y ont vu une nouvelle atteinte à la liberté de la presse, et, dans l'agitation qui s'est ensuivie, un député du parti libéral a été expulsé. L'opposition a alors décidé d'occuper l'hémicycle en représailles.
Bras de fer
L'affrontement ne s'arrête pas là. Le même jour, furieux d'être pris en otage par leurs adversaires, les députés du parti au pouvoir se sont réunis dans une salle annexe pour voter, en solo, le budget 2017, déclenchant en retour une bronca de l'opposition qui refuse depuis lors de valider la loi de finances et exige un nouveau vote. A l'extérieur du Parlement, les Polonais ont manifesté pendant plusieurs jours pour soutenir les protestataires.
Rien n'indique que le bras de fer va cesser rapidement et que le Parlement va pouvoir reprendre le cours de ses activités, même si le leader du PiS a finalement renoncé à limiter l'accès de l'assemblée aux journalistes. Les deux camps s'accusent mutuellement de violer les règles de la démocratie. Jaroslaw Kaczyński parle de « hooliganisme parlementaire », et qualifie cette occupation de « tentative de putsch », tandis que l'opposition assure qu'elle est le dernier rempart contre un système de parti unique et que prendre le Parlement en otage est un moindre mal. Andrzej Rzepliński, l'ancien président du Tribunal constitutionnel polonais, la cour suprême du pays que le gouvernement est en train de mettre sous sa coupe, affirme, lui, que Kaczyński a mis le pays « sur le chemin de l'autocratie ».
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir