France

Fillon durcit le ton sur l'immigration

Les EchosIsabelle Ficek,Envoyée spéciale à Menton et à Nice
Faisant des appels du pied aux électeurs FN, le candidat de la droite a promis, à Nice, une immigration « fermement contrôlée et réduite au minimum ».
Visite d'un poste de la police aux frontières à la sortie de Menton, passage éclair sur les voies de chemin de fer entre la France et l'Italie qui voient la nuit passer des migrants… Ce sont les terres symboliques du Sud-Est qu'a choisies François Fillon ce mercredi pour décliner ses propositions sur l'immigration. Un terrain moins glissant à droite que celui de la Sécurité sociale et sur lequel il peut aussi espérer - malgré les attaques des dirigeants du FN sur son bilan à Matignon - séduire l'électorat de Marine Le Pen. Et c'est en meeting à Nice que le candidat de la droite est passé au volet « autorité » de son projet. « La liberté sans l'autorité, c'est l'anarchie », a-t-il lancé, annonçant une « impunité zéro » avec le retour des peines planchers pour les récidivistes et la construction de nouvelles places de prison.
Tout en soulignant la « tradition, depuis la chrétienté », d'asile et d'ouverture, François Fillon a estimé que l'unité nationale et que la situation économique exigeaient une « immigration fermement contrôlée et réduite au minimum ». Un objectif (auquel il se garde bien d'accoler un chiffre) qu'il promet d'atteindre avec de sérieux tours de vis dans tous les domaines. Et d'abord dans les procédures d'asile, « pour mettre fin aux abus ». A la clef : une réduction drastique de la durée d'examen des dossiers (120 jours, recours compris), l'hébergement des demandeurs d'asile dans des « centres dédiés » et la fin des hébergements en hôtel, coûteux - et surtout dénoncés par le FN -, l'augmentation de la durée de rétention administrative (6 mois contre 45 jours) pour faciliter les expulsions. Ainsi qu'une renégociation des accords du Touquet avec les Britanniques et une « réforme des accords de Schengen » pour renforcer « les frontières extérieures de la zone Schengen ». François Fillon a d'ailleurs rappelé que « dans le contexte terroriste », la France « rétablira durablement de vrais contrôles à ses frontières nationales » tant que les contrôles aux frontières extérieures ne seront « pas satisfaisants ».
Immigration légale : des quotas fixés chaque année
Mesure phare, François Fillon veut soumettre l'immigration légale à la fixation par le Parlement, chaque année, de « quotas » en fonction des « besoins économiques », mais aussi - plus difficile à évaluer - de « nos capacités d'intégration », soit la maîtrise de la langue et « l'adhésion aux valeurs de la République ». Plus aucun visa ne serait délivré une fois le quota atteint. Ceci afin de réduire les 200.000 entrées légales par an, et parmi elles, l'immigration familiale. Pour cela, l'ancien Premier ministre assure qu'il « prendra ses responsabilités » pour « faire bouger les lignes de l'interprétation de la Convention européenne des droits de l'homme ». Ardu.
Au menu également, la renégociation de la directive sur les travailleurs détachés, dénoncée par le FN et qui fait des ravages dans l'électorat populaire, la suppression de l'Aide médicale d'Etat, l'obligation de deux ans de résidence en France avant de toucher des prestations sociales pour les étrangers en situation régulière, le retour de la double-peine et le durcissement de l'accès à la nationalité française, avec huit ans de résidence pour la naturalisation et cinq ans après un mariage (avec, en sus, pour condition, « l'assimilation », là encore difficile à évaluer). En revanche, François Fillon a estimé qu'il n'était « pas moral » de limiter le droit à la scolarisation des enfants de clandestins, proposition de Marine Le Pen. Une manière, cette fois, de contrer les accusations de course derrière le FN.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir