Monde

Zones d’ombre d’un rapport à risques

A une semaine de l’investiture, le site «BuzzFeed» publie des documents explosifs… mais dont la véracité est mise en doute.

Libérationjeudi 12 janvier 2017
«Un tas d’ordures sur le déclin» : voilà comment Donald Trump a qualifié BuzzFeed, lors de sa conférence de presse de mercredi. Le site est à l’origine de la publication, mardi soir, d’un document explosif de 35 pages sur les liens entre le président élu et la Russie. Rédigé entre le 20 juin et le 20 octobre par un ancien agent du contre-espionnage britannique, le rapport dévoile des informations compromettantes (mais non vérifiées) recueillies par la Russie sur Trump, ou encore la preuve d’échange d’informations depuis plusieurs années entre le milliardaire et Moscou. Le Kremlin nie, de son côté, posséder des «dossiers compromettants» sur Trump.
Pourquoi «BuzzFeed» a-t-il publié ce rapport ?
BuzzFeed a été le premier média américain à publier le document. Mais ses journalistes préviennent d’emblée : «Les allégations ne sont pas vérifiées et le rapport contient des erreurs.» Alors pourquoi publier une telle bombe ? «Pour être transparent» vis-à-vis des lecteurs, répond le rédacteur en chef du site, Ben Smith, qui a justifié sur Twitter le choix, loin «d’être facile ou simple», de sa rédaction. «Nous avons publié ce dossier […] pour que les Américains puissent se faire leur propre opinion sur les allégations concernant le président élu qui ont circulé au plus haut niveau du gouvernement américain», écrit-il, avant de noter qu’il y a «de sérieuses raisons d’avoir des doutes sur ces allégations». Tout comme BuzzFeed, aucun média américain n’a encore pu vérifier la teneur des informations du rapport. Les sources citées sont toutes anonymes. Le New York Times croit savoir que les agences de renseignement considèrent le document «potentiellement explosif», d’où leur décision d’en faire part à Obama et Trump, ainsi qu’aux dirigeants du Congrès. Une décision «inhabituelle» selon le quotidien, alors que les informations n’ont pas encore été vérifiées. Si l’ancien officier du renseignement britannique à l’origine du rapport est considéré, par les officiels américains cités par le journal, comme «fiable et compétent» avec «une vaste expérience en Russie», certains experts restent sceptiques. Sur le site Raamoprusland, Mark Galeotti, chercheur en relations internationales, s’interroge sur le très vaste réseau de cet agent, qui a eu accès au plus haut niveau des institutions, à la fois russes et américaines.
Les premières pages relatent l’existence de possibles sextapes datant de 2013. Trump aurait réservé à l’époque la suite présidentielle du Moscow Ritz Carlton et employé un certain nombre de prostituées pour effectuer devant lui des «golden showers» (pratique consistant à se faire uriner dessus). Le but du Kremlin ? «Pouvoir le faire chanter s’il le désirait», répond le rapport. On apprend également que Moscou serait bien derrière le hacking des mails du Parti démocrate et que Donald Trump et son équipe auraient été au courant et d’accord. En contrepartie, l’équipe de Trump aurait accepté d’éviter la question de l’intervention russe en Ukraine et de se concentrer à la place sur l’implication de l’Otan dans les pays baltes, un sujet important pour les Russes. Le document relate également les liens privilégiés entre des proches de Trump et le Kremlin.
Les journalistes de BuzzFeed ne sont pas les premiers à évoquer ces informations. Quelques heures auparavant, la chaîne CNN dévoilait l’existence de ces mémos. Selon la chaîne, ceux-ci auraient été présentés à Obama et Trump la semaine dernière via un résumé de deux pages. Beaucoup de médias avaient déjà eu accès à ces documents, certains depuis plusieurs mois. Alors que la possible existence de liens entre l’équipe de Trump et le gouvernement russe a été évoquée à plusieurs reprises pendant la campagne, ces suppositions prennent d’autant plus d’importance que les interférences russes dans l’élection ont été confirmées par le renseignement américain. Le Kremlin a nié toutes ces affirmations.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir