Culture

Anna Moï remonte le temps avec Marguerite Duras

Dans un beau recueil de souvenirs, de son pays natal à la Corrèze, l’écrivaine franco-vietnamienne emprunte un sentier parallèle au passé, réel ou romancé, de l’auteure de «l’Amant».

Libérationjeudi 12 janvier 2017
La mère de Marguerite Duras jouait-elle vraiment du piano à l’Eden Cinéma ? La romancière d’origine vietnamienne Anna Moï pense que c’est faux, à peu près comme tout ce que l’auteure de l’Amant a dit de leur pays natal commun. Peu importe. La mendiante, le Mékong, Dalat, la Morris-Léon Bollée, la richesse du Chinois, les mangues vertes : s’appuyant sur la mythologie de son aînée, Anna Moï, née en 1955, déploie la sienne. Son livre de souvenirs, qui s’adresse à un homme aimé, commence par la très belle évocation d’un immeuble où, styliste quand elle n’est pas écrivain, elle a eu son atelier au cinquième. «Par le renversement des valeurs de la Révolution, ce logement d’étage élevé n’avait aucune valeur : l’ascenseur avait été vendu à un ferrailleur depuis longtemps.» L’administration française survit à travers l’espace urbain, mais les usages changent quand l’électricité est coupée de 6 heures du matin à 5 heures du soir. L’histoire coloniale «s’était littéralement envolée en fumée, dans les autodafés de livres et de meubles en palissandre», il faut bien cuisiner, se chauffer. Anna Moï circule entre le Vietnam et la France, attachée aux savoirs ancestraux. En Corrèze, elle cuit son pain. Au Vietnam, elle élève ses enfants dans des bungalows qu’elle a fait construire. «Marguerite D. ne revint pas au Vietnam. Le pays sans nom de ses livres resta la seule terre authentique qu’elle eût connue. La terre éternelle qu’elle recréa à l’infini.» Au bout du conte, l’esthétique de la décadence est la même.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir