Expresso

Les enfants perdus des tontons flingués

Libérationjeudi 12 janvier 2017
Chaque jeudi Edouard Philippe, député-maire LR du Havre, proche de Juppé, chronique la campagne présidentielle pour Libération.
La vie politique est faite de résurrections. Tous ceux qui appréhendent le parcours politique comme une carrière vous le diront, on n’est jamais vraiment mort. Au contraire, qui n’est jamais mort ne vit pas vraiment. Sauf la dernière fois. Car, comme les chats qui n’ont que neuf vies, l’homme politique peut finir par être flingué. Pour de bon. De ce point de vue, il s’est passé beaucoup de choses entre le 20 novembre et le 1er décembre. Que Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande sortent du jeu en même temps relève d’un carnage démocratique rare. Ils laissent des orphelins. Ayons une pensée pour eux. Pour la somme d’espoirs déçus qu’ils incarnent, pour le travail inutile qu’ils contemplent du haut de leur échec, pour la tristesse sincère qu’ils peuvent ressentir après la disparition de leur grand homme. Ils sont orphelins, et c’est dur.
Encore plus dur à gauche. Parce qu’à droite, certains peuvent se lancer dans la captation d’héritage. Qui sera le meilleur héritier de Sarkozy ou de Juppé ? S’occuper de la succession berce l’esprit et écarte le chagrin. A gauche, l’héritage de Hollande relève plutôt du passif encombrant que des héritiers embarrassés tenteraient de faire oublier ou de se refiler. Plus dur à gauche parce qu’à droite la proximité des programmes a facilité l’union. A gauche, on imagine mal tous ces candidats gouverner l’un avec l’autre après avoir tant frondé : Valls et Montebourg ? Mélenchon et Macron ? Sérieusement ?
C’est enfin plus dur à gauche parce qu’il n’y a pas d’adhésion puissante au mécanisme de la primaire. Mélenchon et Macron n’ont jamais voulu y participer ; Hollande espérait qu’elle serait inutile ; Montebourg a longtemps hésité ; et Valls est considéré comme celui qui n’a pas su l’éviter. Les plaies vont être profondes. Elles seront difficiles à nettoyer.
A droite, au moins, on s’est flingués proprement. Rien ni personne n’est venu contester la victoire éclatante de Fillon. Une fois les deux chênes abattus et le deuil passé, se retrouver autour du vainqueur a été assez simple. Comme si la philosophie prédominante chez Les Républicains consistait en une synthèse unique entre Churchill et Audiard, le premier affirmant que le succès, «c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme», le second faisant dire à Jean, le majordome du Mexicain des Tontons flingueurs : «Quand ça change, ça change… Faut jamais se laisser démonter.» Ça n’a l’air de rien, cette différence. Mais elle devrait peser lourdement dans la campagne.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir