SCIENCES FONDAMENTALES

Un aller simple pour Mars en 70 jours

Sciences et AvenirAzar Khalatbari
Des chercheurs financés par la Nasa viennent de présenter le moteur EM Drive. Un concept de propulsion électromagnétique révolutionnaire... si le projet aboutit.
La planète Mars en deux mois et demi (70 jours), au lieu de huit à neuf selon les projections actuelles, et sans carburant ! Jusqu'à présent, un moteur permettant de relever ce défi était rangé au rayon sciencefiction. Pour une raison bien simple : selon les scientifiques, il contreviendrait aux lois les plus strictes de la physique... Pourtant, certains n'ont pas renoncé à l'idée. Non de fantasques inventeurs, mais de très sérieux chercheurs financés par la Nasa, l'agence spatiale américaine, qui dispose de budgets pour évaluer les projets les plus fous. Leurs travaux viennent d'aboutir à la publication dans la revue spécialisée Journal of Propulsion and Power d'un concept de moteur baptisé EM Drive (pour « propulsion électromagnétique »). Ils y présentent non seulement une description de l'engin, mais aussi le résultat de tests en laboratoire concluant à la fonctionnalité du moteur, qui pourrait assurer une poussée jusqu'aux confins du système solaire.
L'EM Drive utilise le principe du magnétron, un dispositif fonctionnant grâce à des faisceaux micro-ondes piégés dans un espace clos. En l'occurrence, un cône tronqué où règne le vide, et où les micro-ondes font des allers-retours entre les deux sections. Selon les inventeurs de l'EM Drive, il se produirait plus d'impacts sur l'une des deux sections. Cette différence devrait créer une poussée certes très faible -- cinquante fois inférieure à celle d'un propulseur classique --, mais continue, contrairement aux moteurs conventionnels.
« La revue Journal of Propulsion and Power est une référence dans le domaine », reconnaît Stéphane Mazouffre, responsable de l'équipe Propulsion électrique à l'Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (Icare) à l'université d'Orléans. Mais le spécialiste reste sceptique : « Lorsqu'on évalue un moteur, on mesure le déplacement de l'engin et on en déduit la poussée. Dans le cas de l'EM Drive, les signataires de l'article l'estiment à quelques nanomètres. » Soit quelques millionièmes de millimètre.
Un minuscule déplacement observé en laboratoire
Seulement, il faut tenir compte des propriétés des matériaux : comme l'EM Drive chauffe en fonctionnement, ses matériaux se dilatent. « Sur ce moteur de quelques dizaines de centimètres, majoritairement en aluminium, une variation de température de seulement 1 °C produit une dilatation thermique de plusieurs micromètres, soit mille fois plus que le déplacement lié à la poussée... », se désole Stéphane Mazouffre. Impossible donc de déceler un mouvement. Pour être crédibles, les concepteurs du moteur électromagnétique doivent encore prouver que le minuscule déplacement observé avec des lasers en laboratoire est réellement dû à la poussée du moteur. S'ils y parviennent, c'est bien à une révolution dans la propulsion spatiale que nous pourrions assister.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir