HISTOIRE

Boston 1919, le mystère du « tsunami » de mélasse résolu

Sciences et AvenirFlorine Galéron
Le quartier du port ravagé après le passage de la vague visqueuse, le 15 janvier.
BOSTON PUBLIC LIBRARY
Cette année-là, l'explosion d'une cuve de mélasse avait entraîné la mort de 21 personnes. Des physiciens ont enfin compris les mécanismes de cette catastrophe sans précédent.
Aux États-Unis, il existe une vieille expression populaire qui dit : « slow as molasses in January », que l'on peut traduire par « lent comme la mélasse au mois de janvier ». Elle est employée notamment par Scarlett O'Hara dans le film Autant en emporte le vent pour se plaindre de la mollesse d'une domestique. La mélasse, mixture très épaisse issue du raffinage du sucre de canne ou de betterave, devient encore plus visqueuse à basse température, ce qui rend son écoulement interminable. Pourtant -- nombre d'Américains ont cet événement gravé en mémoire --, le 15 janvier 1919, en moins d'une minute, 9 millions de litres de mélasse se sont échappés d'une cuve industrielle, engloutissant tout un quartier du port de Boston ! La vague de « sirop » a détruit les bâtiments, renversé les voitures et piégé de nombreux passants, faisant 21 morts et 150 blessés.
Depuis un siècle, aucun scientifique n'avait réellement réussi à expliquer ce phénomène. Pour la première fois, une équipe de Harvard (Cambridge, Massachusetts, États-Unis) a mis en place une importante pièce du puzzle à l'occasion d'une rencontre organisée début novembre par la Société américaine de physique. « Nous avons reproduit en chambre froide le phénomène en déversant un pot de mélasse sur un plateau, explique Nicole Sharp, ingénieure en aérospatial qui a piloté le projet auprès des étudiants de Harvard. Nous avons chronométré la vitesse de propagation de la mixture et pu en déduire l'impact à l'échelle de la ville de Boston. » Ces tests permettent aujourd'hui de mieux comprendre la chronologie de la catastrophe. « La mélasse était conservée dans une cuve présentant des malfaçons. Celle-ci a brusquement cédé à 12 h 40. En une minute, un tsunami de 15 mètres de haut (la hauteur de la cuve) a déferlé à une vitesse de 56 km/h dans la ville. La mélasse étant deux fois plus dense que l'eau, sa masse lui a conféré la force motrice pour atteindre cette vitesse historique. Mais passée la première minute, au contact de l'air froid -- le thermomètre indiquait 5 °C --, la mixture s'est épaissie. En effet, une baisse de température de 5 °C provoque une multiplication par 4 de la viscosité. » C'est alors qu'a commencé la lente agonie des habitants pris au piège pendant des heures dans un sirop de plus en plus visqueux, rendant périlleux le moindre mouvement pour se maintenir à flot et entravant l'intervention des secours. Le quotidien local, The Boston Globe, cita l'exemple d'un habitant qui avait survécu pendant deux heures avant de se noyer.
Le bilan aurait sans doute été moins lourd en été
Les conséquences de la catastrophe auraient-elles été les mêmes si l'accident s'était produit en été ? L'équipe de Nicole Sharp a également modélisé ce cas de figure. « La vague de mélasse aurait recouvert une surface quasiment deux fois supérieure, mais les températures plus clémentes auraient rendu la mixture dix fois moins visqueuse. Les secours auraient sûrement pu intervenir plus facilement », assure la scientifique. Au-delà de cet événement, les recherches pourraient éclairer d'autres catastrophes industrielles.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir