SANTÉ

Un danger pour les jeunes ?

Sciences et Avenirjeudi 22 décembre 2016
La proportion de collégiens et lycéens français ayant expérimenté la cigarette électronique est passée de 9,6 % en 2012 à 39 % en 2014.
AMELIE - BENOIST/BSIP
Simple outil d'exploration ou passerelle vers le tabac : les experts sont divisés sur le rôle de la cigarette électronique chez les adolescents.
Si la cigarette électronique est reconnue comme un outil de sevrage pour les adultes les plus motivés, la question de son rôle chez les plus jeunes reste très discutée. « L'e-cigarette est un danger public majeur pour la santé des adolescents et des jeunes adultes ! », affirme ainsi Vivek Murthy, directeur du service de santé publique des ÉtatsUnis, qui a sonné l'alarme le 8 décembre dernier. À l'appui de sa thèse, un rapport de 150 experts sur l'e-cigarette, dont l'usage parmi les lycéens nord-américains aurait grimpé de 900 % entre 2012 et 2015 selon les chiffres des CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies). Cette étude reconnaît pourtant que l'usage du tabac diminue aux États-Unis et que l'ecigarette est « fantastique » pour ceux qui veulent passer à un produit moins toxique que la cigarette. Mais l'inquiétude des experts américains tient au fait que la nicotine contenue dans les produits « vapotés » serait une substance extrêmement addictive et pourrait nuire au cerveau. D'où la condamnation pour les jeunes consommateurs. Ce faisant, l'étude minore un fait essentiel : toutes les cigarettes électroniques ne délivrent pas de nicotine ! « Et les jeunes commencent par des e-liquides parfumés, sans nicotine », analyse le Pr Bertrand Dautzenberg, tabacologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui a participé à l'enquête « Paris sans tabac » réalisée entre 2011 et 2016 sur plus de 17 000 Parisiens âgés de 12 à 25 ans. Pour la majorité de ces jeunes, l'enquête montre que l'ecigarette n'a pas joué un rôle de passerelle vers le tabac. Ce qui serait un point crucial. En effet, « 80 % des fumeurs ont commencé avant 20 ans, et les jeunes qui n'ont jamais fumé à 25 ans ont de bonnes chances de rester abstinents », rappelle Pascal Diethelm, vice-président du Comité national de lutte contre le tabagisme en France, qui s'est fait une spécialité de décortiquer les stratégies des groupes de tabac envers les plus jeunes. Pour le moment, chez les ados, vapoter semble surtout constituer un comportement d'« exploration », comme le montre une étude à paraître menée dans le Nord depuis 2014. « 80 % des 666 lycéens interrogés estiment qu'elle répond au besoin d'expérimenter un nouveau produit », soulignent ainsi Élodie Gentina, enseignante-chercheuse en marketing à Skema Business School de Lille, et Pierre-François Dancoine, tabacologue à l'hôpital de Wattrelos. La proportion de collégiens et lycéens expérimentateurs de la cigarette électronique en France est passée de 9,6 % en 2012 à 18 % en 2013 et à 39 % en 2014, selon leurs sources. Parmi ces adolescents, 34 % se déclaraient non-fumeurs. Et avaient bien l'intention de le rester.
« 80 % des fumeurs ont commencé avant 20 ans. La plupart des jeunes n'ayant jamais fumé à 25 ans resteront abstinents » Pascal Diethelm, vice-président du Comité national de lutte contre le tabagisme
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir