EDITO

Un puzzle deux fois millénaire

Sciences et AvenirDominique LegluDirectrice de la rédaction
C'est peu de dire que la découverte, à la fin des années 1940, des manuscrits de la mer Morte fut un ébranlement. Comme le rappelle notre spécialiste Bernadette Arnaud, qui a repris l'enquête à leur sujet dans ce numéro (lire pp. 26-36), ce sont rien de moins que « les plus anciens manuscrits bibliques connus ». Un puzzle de près de 40 000 fragments retrouvés près du grand lac salé au coeur du désert de Judée. Sciences et Avenir leur avait déjà consacré une couverture il y a douze ans, après l'aboutissement de nombreux travaux d'exégèse. Aujourd'hui, c'est à l'occasion à la fois de nouvelles fouilles « anti-pillage » et surtout de la révélation de l'existence de nouveaux fragments que nous avons voulu refaire le point*. Deux importants collectionneurs sont au centre de l'histoire, l'un, américain, qui finance la construction d'un musée de la Bible à Washington, l'autre norvégien. Tous deux souhaitent « que des experts renommés supervisent l'étude » de leurs acquisitions sur le marché des antiquités. Avec des parchemins et papyrus aussi anciens et à la symbolique aussi puissante, force est en effet d'être prudent. S'assurer de l'authenticité de pareilles trouvailles est la première démarche indispensable à une recherche de qualité.
Notre dossier revient avec précision sur cet aspect fondamental. On verra qu'il s'agit aussi bien d'identifier clairement les filières par lesquelles transitent les fragments que de soumettre ces derniers à la question, avec des expériences de physique non destructives mais révélatrices : fluorescence aux rayons X par exemple. Histoire de préciser, de la manière la plus scientifique qui soit, leur possible provenance initiale, zone de Qumran près de la mer Morte ou d'autres régions de Judée (p. 31). Ainsi que leurs auteurs, tout particulièrement les esséniens (p. 34). Alors, vient le moment où l'on peut s'extasier à nouveau. Non seulement se révèlent des textes qui n'avaient jamais été retrouvés, tels ces quelques mots du livre de Néhémie, prêtre (ou gouverneur) loin d'être le plus connu des personnages de la Bible hébraïque (l'Ancien Testament des chrétiens), mais aussi l'incroyable et inestimable puzzle des morceaux de manuscrits, par exemple ceux de la Genèse, peut soudain se voir complété (p. 29).
On découvre ensuite que les spécialistes, surtout les archéologues, viennent d'entrer dans une course contre la montre. Ils ont voulu cette année retourner à flanc de falaise en Cisjordanie, dans des grottes parfois très dangereuses à explorer (p. 30), afin de sauver des vestiges éventuellement oubliés. Et ce, afin d'éviter le pillage. On comprend enfin que les technologies de pointe, notamment la mise en base de données numérisées, consultable internationalement, et l'utilisation d'algorithmes vont permettre d'étendre les recherches. Incroyable mais vrai, l'une d'elles, utilisant les ressources de l'intelligence artificielle et baptisée « Les mains qui ont écrit la Bible », a pour objectif de retrouver les hommes derrière les écrits sacrés (p. 36). Jamais la philologie n'a paru aussi vivante ! ½@dominiqueleglu
* Suite à deux publications scientifiques dans la revue en ligne Live Science.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir