DOSSIER

Une plate-forme numérique pour l'étude des manuscrits

Sciences et Avenirjeudi 22 décembre 2016
Les spécialistes auront accès, où qu'ils soient et simultanément, à tous les manuscrits et ce qui s'y rapporte.
IAA/CHAMELEONS EYE/NEWSCOM/SIPA
Ce projet va permettre aux chercheurs de disposer d'une base de données commune qui contiendra les photos des textes et l'intégralité des transcriptions.
L'étude des rouleaux de la mer Morte fait désormais appel à la puissance technologique. Ainsi, un fonds de coopération conjoint germano-israélien (Deutsch-Israelische-Projektförderung, DIP) finance un énorme programme numérique de 1,6 million d'euros, pour relier toutes les informations concernant ces documents uniques. Et ainsi aider les recherches. Car textes et traductions des manuscrits de la mer Morte ne sont pas conservés aux mêmes endroits, ce qui complique la tâche des savants. L'Académie des sciences et des humanités de Göttingen, en Allemagne, construit depuis des années, au sein d'un projet dirigé par Reinhard Kratz,
POUR EN SAVOIR PLUS
Gleanings from the Caves. Dead See Scrolls and Artefacts from the Schøyen Collection, éd. Bloomsbury, 2016. Dead Sea scrolls fragments in the Museum collection, éd. Brill, 2016.
une énorme base de données de l'intégralité des transcriptions. Ce nouveau projet, appelé Scripta Qumranica Electronica (SQE) est mené en collaboration avec les équipes des universités d'Haïfa et de Tel Aviv (Israël), avec la participation de l'École pratique des hautes études (EPHE) à Paris. Il reliera les deux bases de données, associant les transcriptions aux images des originaux, et permettra à tout spécialiste, où qu'il se trouve et simultanément, d'utiliser l'intégralité des informations disponibles sur une table virtuelle. Ce qui devrait accélérer considérablement les recherches! « Grâce à de puissants algorithmes, les chercheurs pourront manipuler tous
les fragments, accéder aux multiples transcriptions en hébreu ou en araméen et identifier automatiquement un fragment, reconstruire virtuellement un rouleau, ou encore produire des éditions électroniques accessibles à tous », explique Daniel Stoekl Ben Ezra, historien et philologue à l'EPHE, impliqué dans le projet.
Des photos multispectrales pour plus de lisibilité
Ces quelque 40 000 fragments constituent un immense puzzle qui est loin d'être reconstitué. Et d'intenses discussions ont lieu à propos de certains regroupements opérés. Tel morceau appartient-il à tel rouleau ou plutôt à tel autre ? Tel mot incomplet grignoté par le temps est-il vraiment celuici ou encore celui-là ?... Or, bien que précieusement conservés, les manuscrits ont beaucoup évolué depuis leur découverte il y a 70 ans. Un peu plus fanés, chaque fois moins lisibles... « Des photos multispectrales ont récemment été réalisées par Shai Halevi, du laboratoire pour la conservation des rouleaux à l'IAA (Autorité israélienne des antiquités). Leur qualité inégalée permet de conduire de nouvelles recherches », ajoute Daniel Stoekl Ben Ezra. Débuté il y a quelques mois, le projet devrait s'achever en 2020.
Par ailleurs, d'autres recherches pilotées par l'université de Groningue (Pays-Bas) tentent, elles, d'identifier, à travers l'analyse des différentes écritures antiques et l'utilisation d'intelligence artificielle, la main des scribes qui oeuvraient à Qumran. The Hands that wrote the Bible (« Les mains qui ont écrit la Bible ») a pour objectif de retrouver les hommes derrière les écrits sacrés. Des textes que s'acharnent toujours à comprendre d'autres hommes, 2000 ans après leur transcription! De quoi percer de nouveaux
secrets. ½@NarudaaArnaud
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir